
Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas, revient sur l’exposition de la banque à la dette grecque et son besoin en fonds propres à l’occasion de la publication des résultats de la banque.
Stéphane Soumier : Vous êtes le patron de la banque la plus importante dans la zone euro aujourd’hui. C’est dire combien on attend vos réponses avec énormément d’attention. Vous avez annoncé 541 millions de résultats pour le troisième trimestre. La question est simple : est-ce que ce niveau de résultats vous permet et vous permettra d’atteindre les 9 % de fonds propres au printemps 2012 sans faire appel à l’aide extérieure?
Baudouin Prot : Bien sûr, très clairement et je dirais confortablement. Nous partons d’un niveau de 9,6 %. On va perdre 60 centimes par le passage à ce que l’on appelle Bâle 2.5. Après, nous avons un plan de réduction de bilan qui va produire 50 centimes de plus. Enfin, on a maintenant le Mark To Market. C’est un peu compliqué, mais c’est la volatilité des obligations européennes qui va nous faire perdre 0,40. Au total, nous serons à 9,10 au 30 juin prochain sans prendre en compte aucun résultat positif.
Evidemment, les trois trimestres qui viennent, on va continuer à gagner 0,10 ou 0,15 par trimestre. Donc sans problèmes, nous serons au rendez-vous du 30 juin sans faire appel au marché et à nos actionnaires.
Même si vous ne deviez dégager aucun résultat positif sur la période ? J’ai bien entendu ?
Oui c’est cela. Ce ne sera pas le cas, mais si on ne dégageait aucun résultat on serait tout de même à 9,1 %. Nous sommes dans une position de solvabilité confortable et solide, c’est ce que nous avons toujours dit jusque-là. Il est normal que les stress tests le confirment.
Ces 541 millions vont apparaître comme une déception sur les marchés. Il faut expliquer que vous y avez intégré d’ores et déjà le poids de la dette grecque.
On a provisionné la dette grecque. Le marché attendait 50 % de provisions. On a provisionné la totalité de la dette grecque à 60 %. C’est un très gros montant : 2,2 milliards d’euros. Hors ce provionnement à la dette grecque, notre résultat serait de 1,9 milliard, en hausse par rapport au troisième trimestre de l’an dernier. Mais nous avons si je puis dire nettoyé le risque grec de façon importante en portant notre provisionnement à 60 % sur la totalité de notre exposition à la Grèce.
( …) Vous êtes-vous mis d’une manière ou d’une autre dans l’hypothèse d’un défaut total ?
Nous ne sommes pas là dans l’hypothèse d’un défaut total, mais s’il faut y faire face nous le ferons. et ce sera tout à fait gérable pour BNP Paribas. Il est important maintenant que les Grecs reprennent leurs esprits et mettent en oeuvre rapidement l'accord de la semaine dernière dans lequel tous les créanciers privés de la Grèce, il y a les banques, mais aussi les assurances, les fonds de pension, des caisses de retraites : tous les créanciers privés sont disposés à abandonner la moitié de leur dette : c’est un sacrifice très important, c’est une aide très importante à la Grèce et je crois que la Grèce aurait bien tort de passer à côté d’une telle offre. Il faut maintenant la mettre en place rapidement. L’Europe ne peut pas attendre les jeux collectifs et individuels en Europe. Il faut que chacun devienne dans ses décisions clair et rapide dans l’application. L’Europe ne peut pas se permettre de faire l’école buissonnière.
(…) Pour ce qui est de BNP Paribas, je vais être très clair : c’est la dernière fois que nous participons à un exercice volontaire vis-à-vis de la Grèce. Il y a un temps pour tout. Le temps du volontarisme est terminé. L’offre qui est sur la table d’abandon volontaire de la moitié de la dette grecque, c’est la dernière offre que nous ferons pour ce qui est de BNP Paribas.
(…)