René Villemure, expert en management québecois, explique son concept d'éthique appliqué en entreprise.
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Stéphane Soumier : Vous êtes très connu au Québec. Votre idée depuis quinze ans, vous l’avez résumée en un slogan : "Quoi faire pour bien faire ?". L’idée, c’est l’éthique, mais on va bien au-delà de la morale, c’est ça ?
René Villemure : Plusieurs éléments constituent la morale (un héritage, la religion...), mais l’éthique est carrément un processus de décision pour un chef d’entreprise. C’est la conjugaison de l’éthique et de l’intérêt de l’organisation. Les gens souvent ne voient pas cette équation et échouent en bout de ligne.
On sort du cadre légal – ce que j’ai le droit de faire – et du cadre médiatique…
Il y a une foule de choses légales mais injustes, une foule de choses bien dans les médias mais qui demeurent injustes. On a toujours recherché cette constante, qui est une cible fuyante : qu’est-ce que le juste ? C’est le juste qui permet à l’entreprise de durer !
On a l'impression d'être face à une interrogation quasi religieuse!
Quand les gens me recevaient au départ il y a une quinzaine d'années, ils avaient peur de recevoir un curé ! Mais ce n'est pas ça du tout. On s'accroche à leurs missions d'organisation - la raison d'être de l'organisation- et on s'y aligne pour aider les entreprises à mieux décider dans les endroits où il n'y a pas de règles, de lois ni d'éclairages.
Curieusement, au fil des années, on se rend compte que les missions d'organisation sont plus définies en termes de "comment" que de "pourquoi". Les gens tournent en rond autour du "comment", et se font frapper par l'oubli du "pourquoi".
Pourquoi l’entreprise doit-elle s’en occuper ? Elle doit faire du profit, croître…
Oui, et pour ça, elle a besoin de la société civile, des clients, des fournisseurs. On a besoin de conjuguer l’ensemble de ces parties prenantes là, et on a intérêt à qu’elles survivent, et survivent bien. Toute entreprise qui fait le charognard sur l’une ou l’autre des parties prenantes se retrouvera éventuellement devant une impossibilité.
C’est ce qui arrive depuis une dizaine d’années : on a souvent détruit le socle fournisseur en le forçant à produire au rabais… jusqu’à ce qu’un scandale le frappe, et en conséquence nous frappe. Et on se retrouve dans un cul-de-sac avec les médias qui nous reprochent une foule de choses.
Et les règles écrites ne suffisent pas?
Au rythme de la complexité actuelle, les règles écrites ne suffisent pas. Et la loi, c'est le minimum requis pour vivre ensemble, c'est un plancher. L'éthique propose la recherche vers le plafond.
Vous racontez que vous êtes rentré dans des entreprises avec des codes éthiques qui faisaient 50 pages... Personne ne les avait lus !
Non, personne ne les lit. Au Canada, la moyenne de formation à l’éthique dans les organisations, c'est 30 minutes par employé par année. "Prenez le gros code, lisez-le si vous voulez, et signez comme quoi vous l’avez lu !" C’est de l’éthique de vitrine, de l’esthétique !
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