
Frédéric Encel, maître de conférences à l’ESG et à Sciences Po et auteur du livre "Comprendre la géopolitique" (Ed. Points ), fait le point sur les bouleversements géopolitiques de 2011.
David Dauba : L’année 2011 a été extrêmement riche d’un point de vue géopolitique. Beaucoup d’évènements se sont succédés dès le tout début du mois de janvier. On va revenir sur les funérailles de Kim Jong-il. Selon vous, faut-il croire en un avenir meilleur pour la Corée du Nord ?
Frédéric Encel : Très grande question, avec de petites perspectives. Nous avons affaire à une dynastie. La République populaire de Corée du Nord porte très mal son nom puisque, comme d’autres Etats dans le monde -on pense aujourd’hui à la Syrie- on assiste à une véritable dynastie de gens qui ne sont pas très ouverts, c’est le moins que l’on puisse dire. Et jusque-là, on a affaire à une politique qui est extraordinairement linéaire, de type stalinien ou post-stalinien.
Et il n’y a pas beaucoup de raisons pour que cela change. Sauf si l’on a affaire avec le nouveau rejeton, qui vient d’arriver au pouvoir de manière peu démocratique, à une espèce de Gorbatchev. Après tout, les soviétologues en 1984-1985 avaient considéré que Gorbatchev était plutôt un dur, et personne à l’époque, notamment parmi les spécialistes de l’URSS, n’attendaient ce qui allait se passer en l’espace de quelques années. Donc c’est peu probable, mais on peut toujours espérer.
On dit que le fils de Kim Jong-il n’a probablement pas les capacités de tenir ce pays mais que de toute façon, ce pays n’était pas plus tenu par Kim Jong-il, qu’il était tenu par le chef de l’armée…
Oui, de l’armée et des renseignements ; c’est exact. Mais cela ne change pas fondamentalement la donne. Si on regarde le cas syrien, Bachar el-Assad n’avait pas forcément les moyens de tenir le pays mais les services de renseignement et l’armée le tiennent pour lui.
Là, nous avons affaire au même schéma, avec tout de même un élément extérieur qui est fondamental : c’est la Chine. On ne fait rien avec ou contre la Corée du Nord sans passer par la Chine qui joue depuis une quinzaine d’années une sorte de double jeu assumé. C’est-à-dire que les Occidentaux n’interviennent pas en Corée du Nord, même lorsqu’il y a menace de type nucléaire, mais en contrepartie, la Corée du Nord ne fait pas trop de bêtises.
On a vu ces dernières années les dictateurs se succéder à Pyongyang, sans aller jusqu’à une politique trop expansionniste, notamment vis-à-vis de la Corée du Sud. Donc je pense que la Chine, en l’occurrence, est plutôt un Etat stabilisateur face à ce qui pourrait parfois apparaître comme un aventurisme au pouvoir.
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