
Guy Mamou-Mani, co-président du Groupe Open, président du Syntec Informatique, revient sur la décision d’HP d’arrêter le matériel et sur les évolutions que connaît le secteur.
Stéphane Soumier : Hewlett-Packard va sans doute décider d’abandonner totalement la fabrication de matériel pour se tourner vers le logiciel. On rappelle que Léo Apotheker, son PDG , vient du monde du logiciel : il était patron de SAP, le premier éditeur de logiciels en Europe. Prenez-vous cette décision comme un hommage à l’immatériel ?
Guy Mamou-Mani : Cette décision était presque attendue. Cela fait des mois que nous avions anticipé une évolution du marché très importante avec l’arrivée du cloud computing. Cette évolution va donc tout à fait dans le sens de l’histoire. Je connais Léo Apotheker depuis de nombreuses années. Son recrutement par HP était le signal d’une véritable transformation de ce constructeur.
Pour compenser le départ de la fabrication des PC, 40 milliards de dollars de revenus devront être trouvés. N’avez-vous pas peur d’une bulle sur le logiciel ?
Pas du tout. On sous-estime complétement l’apport du logiciel dans la transformation de l’économie. Lorsqu’IBM avait pratiqué la même évolution il y a une quinzaine d’années, tout le monde avait été déstabilisé. Or, IBM est aujourd’hui la première société de services au monde, voire l’une des toutes premières sociétés de logiciels. On voit donc ce que cette évolution a donné en termes de rentabilité pour cette entreprise. Je crois que cela sera le même chemin pour HP. Aujourd’hui, le matériel est tout à fait secondaire. L’essentiel réside désormais dans le stockage des données et le logiciel.
Il s’agit tout de même d’un changement fondamental qui rappelle les années 2000. N’y a-t-il pas là une course folle qu’on n’est pas sûr de maîtriser ?
Je vois ce que vous voulez dire, on voit bien ce que cela donne sur nos titres pour l’instant ! (rires) Vous avez tout à fait raison de faire référence aux années 2000. Mais ce que la profession avait annoncé alors, c’est-à-dire la révolution internet, est arrivé au bout du compte. Certes pas au rythme qu’on avait anticipé – on avait parlé de mois et elle a plutôt eu lieu au bout de dix ans – mais aujourd’hui, tout ce qui avait été dit à cette époque s’est réalisé. On a vu ce qu’internet a donné. Dans cinq ou dix ans, on dira que le cloud computing, la transformation complète de l’utilisation de l’informatique a bien eu lieu. Toutes les sociétés qui ont pris aujourd’hui ce virage en bénéficieront dans les prochaines années.
Pouvez-vous en mesurer l’impact sur l’activité de sociétés comme la vôtre ou sur l’ensemble des sociétés de logiciels en France ? Même au-delà de sociétés de services informatiques, puisqu’IBM est aujourd’hui en France la première SSII.
Je vous rappelle que Syntec Numérique avait annoncé qu’en France, la croissance des logiciels services serait de 3,5 % pour 2011. Nous avons fait cette annonce en avril dernier. Je ne vous cache pas que nous nous apprêtions sans aucun doute à réévaluer cette prévision pour la première fois depuis des années.
A la hausse ou à la baisse ?
Malheureusement, ce qui s’est passé pendant ce mois d’août m’incite à être prudent. Non pas pour des questions industrielles, mais parce que nous craignons que ne se répète l’histoire que nous avons vécue en 2009-2010 suite à la crise financière de 2008. Nous allons donc étudier avec beaucoup d’attention les indications en provenance de nos clients et de nos adhérents pour voir ce qu’il en sera pour 2011.
Parce que vous avez deux gros clients qui sont les banques et le secteur public ?
Evidemment. Je vous rappelle que les banques sont le premier secteur de la profession. Pour vous donner un exemple, le Groupe Open réalise un tiers de son chiffre d’affaires avec les banques. Néanmoins, en 2009-2010 les banques avait certes réduit leurs investissements, mais ils ont finalement vite repris. Cela n’en reste pas moins une indication à court terme. Sur le long terme, la transformation de notre économie, la modernisation de l’Etat, les économies nécessaires, nécessiteront des investissements énormes sur le numérique en général. Cela incite à la confiance pour notre secteur à long terme.
(…)