
Les règles d'égalité de traitement entre les différents candidats vont mécaniquement nous interdire de traiter sérieusement des sujets de fond.
Le débat sur le logement (comme les autres sujets économiques du moment) est passionnant mais complexe. Une égalité de traitement entre les propositions de tous les candidats est impossible à respecter. Le résultat paradoxal pourrait être une disparition du débat.
Dans trois semaines, un mois, je ne pourrai plus traiter de l’actualité de la campagne électorale sur BFMbusiness. Du moins pas comme je voudrais pouvoir le faire, en toute liberté.
Pourtant, je ne vais pas faire la somme des sujets avancés par les 3 principaux candidats, les seuls qui soient en mesure d’accéder au pouvoir, mais sur l’énergie, le logement, la fiscalité, le développement des entreprises et l’industrie, on a mis sur la table des éléments fondamentaux.
Sur le logement, la rupture est même spectaculaire. Les candidats sont tous d’accord pour admettre que la subvention fiscale a eu comme conséquence de faire monter les prix. Il faut réaliser ce que ça représente : des dizaines d’années de politique du logement qui passaient par la défiscalisation d’investissements inutiles : quand on aidait la construction, on nourrissait les marges des promoteurs, quand on aidait l’accession à la propriété, les aides étaient automatiquement intégrées dans les prix, digérées par le marché en quelques semaines, l’état se mettait à dépenser en pure perte. Ce qui est amusant, c’est qu’une galaxie de ministres ont été très fiers d’accoler leur nom à ces dispositifs, on peut donc reconstituer tranquillement une responsabilité collective. D’ailleurs les habitudes sont telles, qu’aucun des acteurs professionnels de l’immobilier ne prend au sérieux les actuelles déclarations politiques. On va respecter le « off », mais trois importants promoteurs m’ont dit ces dernières semaines qu’un nouveau dispositif fiscal d’aide à la construction serait mis en place après la présidentielle. En attendant, ils ont gelé tous les programmes : « je ne peux pas commencer à construire sans savoir à quel prix et quel type de produits je pourrai livrer » m’a dit l’un d’eux. Magnifique aveu. Il ne construit pas de logement, il construit des produits fiscaux. Il ne construit pas pour que les gens habitent, il construit pour que les gens investissement. C’est bien avec ça qu’il faut rompre, ça se fera dans la douleur !
Car le temps de la construction n’est pas un temps politique. La libération des terrains de l’état par exemple, ne donnera des résultats que dans trois ans, un effet sur les prix dans 5 ans. Quel responsable politique aura le courage de lancer des réformes sans en recueillir les fruits ?
Alors il va falloir inventer des solutions d’urgence. Pas question pour moi de trancher, tout est sur la table, mais trouver une solution pour que s’ouvrent et arrivent massivement sur le marché des centaines de milliers de logements vacants, est la piste la plus sérieuse. Et l’on sent bien que tous les candidats tournent autour d’un système de garantie donnée aux propriétaires. Publique, privée ? Par l’intermédiaire des assurances mais avec des obligations de service qui feraient baisser les commissions ? En mutualisant les dépôts de garantie donnés par les locataires ? Je ne sais pas, le débat va s’ouvrir, mais il ne pourra pas s’ouvrir dans l’émission que je réalise.
Dans trois semaines, un mois, si je veux présenter, même brièvement, les propositions d’un candidat, il faudra que je présente ensuite, même brièvement, les propositions de TOUS les autres. Mes autorités de régulation ne veulent pas seulement une égalité de temps de parole, mais une « égalité de citation ». C’est physiquement impossible. Le temps que vous, auditeurs/telespectateurs, consacrez à l’information du matin n’y suffira pas. J’ai donné l’exemple du logement pour vous montrer qu’avec un peu de temps et de détails, les débats peuvent être réellement passionnants. Il en est de même sur la compétitivité, le système bancaire, la fiscalité des hauts revenus etc…
Je suis parfaitement conscient du casse-tête que représente le traitement médiatique d’une campagne électorale. J’ai vu ce chiffre un peu affolant montrant que Nicolas Dupont Aignant avait eu 11s d’expression en 2011 sur TF1, mais pousser le balancier radicalement dans l’autre sens est encore plus dangereux. Ne pas reconnaître qu’il y a, aujourd’hui, trois candidats qui peuvent accéder au pouvoir et dont les propositions ont des chances sérieuses d’être mises en place, c’est finalement stériliser le débat. Et ne me dites pas que ce sont les sondages qui ouvriraient le « droit à citation plus large », c’est bien l’histoire des élections, la représentation démocratique validée par les urnes, une sorte de proportionnelle médiatique.
les grands media vont sans doute se poser les mêmes questions. Vous avez commencé à en voir le résultat, la campagne électorale va se faire avec Genevieve de Fontenay et Didier Barbelivien. Pour moi, dans trois semaines, un mois, ce sont des « experts » qui viendront traiter des grands dossiers politiques sur BFM Business le matin. « Experts » qu’aucune légitimité réelle ne valide. Je le regrette d’autant plus que pour une fois, les réflexions politiques vont au-delà de leurs certitudes.