
Quelques lignes pour tenter de défendre un combat que Sarkozy découvre... bien tard, je l'admets
La TVA sociale est l'une de nos armes pour lutter contre une "société de service" qui ramène au smic la moitié des salariés français. Oui c'est une hausse de prix immédiate (quoi qu'en dise le président). Mais c'est à terme une hausse de salaires plus importante encore
Donc, c’est à trois mois de la fin de son mandat que le président prend la seule décision économique courageuse qu’il ait jamais prise (sous réserve d’inventaire, j’admets qu’en ce lundi matin, il est possible d’en oublier une).
Courageuse en ce qu’elle est immédiatement suicidaire, courageuse en ce qu’elle va à rebours de ce qu’on attend d’un candidat à une élection importante, courageuse en ce qu’elle s’attaque à la racine de la crise.
Parce que l’effet immédiat, simple, immédiatement dénonçable de la TVA sociale : c’est la hausse de la TVA ! (c’te blague) . La hausse d’un impôt injuste en ce qu’il frappe indistinctement riches et pauvres. Et c’est vrai. On pourrait ergoter sur le fait que la hausse épargne les produits essentiels de consommation courante, sur le fait que, par définition, ceux qui consomment plus sont taxés davantage. Ces arguments ne tiennent pas, les différents rapports que vous pourrez lire sur le sujet vont tous dans le même sens : en proportion de leur salaire, les plus pauvres paient davantage les impôts sur la consommation que les plus riches (ce qui, soit dit en passant, rend encore plus invraisemblable cette décision du gouvernement Jospin de supprimer la vignette automobile, un impôt qui tapait, lui, bien fort, sur les budgets les plus important)
Il n’y a donc que des coups à prendre, car personne, dans l’immédiat, ne pourra voir l’effet à long terme de cette décision, de ce choix « stratégique » : redonner des marges de manœuvre à l’industrie. Le mot stratégique est sans doute inadapté : si Nicolas Sarkozy avait une stratégie de compétitivité, il n’aurait pas baissé la TVA sur la restauration, qui reste le maitre-étalon de la décision économique électoraliste. En l’occurrence, c’est de la perte nette pour l’Etat, sans aucun gain à long terme : pas d’investissement, pas d’innovation, pas de parts de marché à gagner à l’international.
On voit donc, en creux, le but réel de la TVA sociale : redonner des marges aux entreprises, pour qu’elles investissent. Point. Ce « point », je l’écris pour qu’on le voit bien. Parce que le papier pourrait s’arrêter là. Tout le reste n’est que littérature. La TVA sociale, c’est un contrat de confiance passé avec les patrons. Si les chiffres se confirment, 10-12 milliards d’euros de transfert vers la consommation, ce n’est qu’un début, il faudrait aller plus loin. Mais l’idée est là.
L’idée de base, c’est que les entreprises françaises ont un des taux de marge les plus faibles d’Europe. Si l’on veut qu’elles puissent sortir la tête du guidon, penser aux produits et aux marchés de l’avenir, il faut absolument leur redonner un peu d’air. Mais ce que l’on sait des projets présidentiels va plus loin : les baisses de charges interviennent sur les salaires supérieurs à 1,6/1,7 SMIC. Et c’est là que l’on tient l’essence et l’importance de la réforme. Ces salaires sont ceux de l’industrie( 2/3 des emplois industriels, disait hier le président). Et oui ! La belle société de service, la belle société de l’immatériel, la république des marchands de glace, des maisons de retraite et des call center, fabrique depuis dix ans une société qui vit au SMIC. Encouragée par l’état d’ailleurs, qui concentre sur les bas salaires l’ensemble des exonérations.
L’industrie seule, parce qu’elle est au cœur des gains de productivité, est capable de payer dignement ceux qui travaillent pour elle. Lui redonner de la marge, lui redonner la capacité d’investir, c’est à plus long terme, reprendre par le haut le combat pour les salaires. J’admets que cet argument là est compliqué à comprendre, et pourtant, si IG Metall, en Allemagne, se permet de demander 6% (oui, 6% !) de hausse de salaire, c’est qu’il est assis sur des usines et des machines (on me répondra qu’il est assis aussi sur le travail délocalisé et les services sous-payés, vrai ! Mais au moins les salariés allemands ont-ils une perspective, nous n’en avons plus aucune).
Evidemment cela prendra du temps, évidemment cette TVA n’est pas grand chose sans une réelle politique industrielle qui traiterait de la formation, du capital, du dialogue sociale et des ambitions des industriels eux-mêmes. Elle n’est rien sans une réflexion profonde sur notre état-providence et le poids des dépenses de santé. Elle n'est rien sans une politique monétaire efficace qui reprenne le contrôle de l'Euro. J'admets que ça fait beaucoup! Mais nous misons depuis des années sur une consommation qui nous apporte un déficit extérieur record. Je voudrais juste, que vous puissiez réfléchir à cette TVA comme à la première pierre d’un nouveau destin économique.