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L'héritage de Margaret Thatcher

Publié le 18/04/2012 | 19h42 |

Mercredi sort sur les écrans le film sur Margaret Thatcher, "La dame de fer", avec dans le rôle titre Meryl Streep. Margaret Thatcher est probablement la plus contestée des Premiers ministres britanniques, mais ses idées font actuellement un retour en force.

Elle revient à la mode en Grande-Bretagne. Son nom est évoqué au Parlement lors des débats budgétaires, dans la rue ou les éditos des journaux. Il y a comme un parfum Thatcher qui flotte actuellement dans l'air et pas seulement en raison du film.

Le climat politico-social du moment s'y prête : austérité budgétaire, euro scepticisme, excès de libéralisme...  Dès qu'on parle sacrifice et rigueur, c'est le sac à main de Margaret Thatcher qui refait surface.

Les politiques s'en inspirent : l'intransigeance de la dame de fer, David Cameron en a fait un modèle. Lors, par exemple, de cette manifestation massive des fonctionnaires en décembre dernier pour défendre le système des retraites. Jusqu'au dossier des Malouines qui est de nouveau au cœur de l'actualité.

On a presque oublié les mauvais côtés de "Maggie" : les inégalités sociales renforcées, les privatisations à outrance ou la libéralisation des activités financières sur laquelle on tente de revenir aujourd'hui…

 


L'héritage de Margaret Thatcher est déterminant

Dans sa chronique, Benadoua Abdeddaïm, rédacteur en chef de BFM Business, est revenu sur l’héritage du Premier ministre britannique qui, selon lui, reste déterminant.
A lire ci-dessous, et à réécouter en podcast.

Là où le consensus a constitué l'outil de l'action publique, Margaret Thatcher l'a brisé.

"Les prophètes de l'ancien testament ne disaient pas mes frères, je veux un consensus. Ils disaient : voici ma foi. Voici ce en quoi je crois passionnément. Si vous le croyez aussi, alors venez avec moi". Le propos date de 1968 et il est celui d'une parlementaire, pas encore ministre... Elle l'a repris 13 ans plus tard, pratiquement mot pour mot, en chef de gouvernement.

Et pour que ce messianisme porte, la Dame de fer l'a fait reposer sur une glorification de l'individualisme. Le bon sens du ménage devient la référence ultime.

Comme le rapporte un ancien conseiller, il n'a plus été question d'évoquer une "politique budgétaire" ou bien les "déficits publics". On remplace dans le discours, par "épargne" ou par "ne pas dépenser plus qu'on ne gagne".

En même temps, Margaret Thatcher ose promouvoir l'inégalité... Et le Royaume-uni vit, finalement, toujours sur cette promotion de l'inégalité. En mai dernier, l'OCDE a établi les comparaisons avec le milieu des années 1980 : deux Etats parmi les économies avancées combinent augmentation du nombre d'heures travaillées et accroissement des inégalités : les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Au Royaume-Uni, les 20 % les plus riches travaillent trois heures de plus par semaine. Et leurs revenus augmentent de plus de 2 % hors inflation. Les 20 % les moins riches travaillent une heure de plus et leurs revenus augmentent de moins d'1 % hors inflation.

Le Thatchérisme a bouleversé la politique budgétaire, la politique sociale et la politique monétaire. Le monétarisme est sorti des cénacles universitaires américains, par la volonté d'un parlementaire britannique déçu du conservatisme, Keith Joseph.

Quatre ans avant la victoire, alors que l'inflation était attribuée à l'explosion des cours des matières premières, ce penseur du Thatchérisme soutient que cette inflation résulte d'une fabrication de monnaie sans lien avec la création de richesse.   

Avec l'accession au pouvoir, une hausse violente des taux d'intérêt enraye la fabrication de monnaie. Mais ensuite la dérégulation financière - le "Big Bang" de 1986 - a engendré sa propre inflation, sur laquelle les instruments monétaires traditionnels n'ont plus eu prise.

Si l'inflation britannique a pu être contrôlée autour de 10 % au début du mandat. Dix années plus tard, elle n'était ainsi redescendue que de deux points.

Mais il ne s'agissait déjà plus, ni de la même économie, ni du même pays.

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